Valise De Synthese

Cycle préparatoire de texte 002 ma famille la femme de pilates complet 45 mn

Etrangement, quand je relis Stendhal, je suis saisi par la modernité de son propos. On renversa leurs statues et l'on fut inondé de lumière... Treize ans et demi de succès firent d'Alexandre le Grand une espèce de fou... Une armée même libératrice est toujours une grande calamité. Ou se réfugier alors ?... Chaque fois, une image m'apparat, j'ai envie de combler les pointillés en avançant des noms de personnes ou de lieux qui ont défrayé la chronique de notre temps.

Le bonheur donc, c'est une occasion privilégiée, que les ames énergiques savent saisir : "Il se sentait entrané, il ne raisonnait plus, il était au comble du bonheur. Ce fut un de ces instants rapides que l'hasard accorde quelquefois comme compensation de tant de maux aux ames faites pour sentir avec énergie. La vie se presse dans les coeurs, l'amour fait oublier tout ce qui n'est pas divin comme lui, et l'on vit plus en quelques instants que pendant de longues périodes."

Ce thème de l'instant exquis revient constamment dans l'oeuvre de Stendhal. Par exemple dans Lucien Leuwen : "Jamais il n'avait rencontré de sensation qui approchat le moins du monde de celle qui l'agitait. C'est pour ces rares moments qu'il vaut la peine de vivre."

Car Stendhal incarne dans ses romans ses rêves d'amour fou. En créant ses héros il prend sa revanche sur les échecs de sa propre vie : "Il se venge... de n'être pas ce qu'ils sont. Tout écrivain se récompense comme il peut de quelque injure du sort."

A-t-elle été sur le point de répondre et sa flamme, comme il s'efforce de s'en convaincre bien des années après ? A examiner d'un oeil froid le comportement de la belle, il est permis de penser que non et son refus n'est pas dû, comme il le pense, aux calomnies d'une amie indigne mais et la simple, banale et décisive raison qu'elle ne l'aimait pas.

Ah! S'il avait eu la taille la plus fine et un visage plus séduisant! Si Mathilde l'avait aimé! Toute sa vie sans doute en eût été changée. Mais peut-être n'aurions-nous pas eu Le Rouge et le Noir, La Chartreuse et Lucien Leuwen.

Lui-même raconte dans La Vie d'Henri Brulard comment il connut un jour et dix-sept ans une approche voisine du "bonheur parfait" et la seule vue d'un paysage : "Je voyais ce beau lac s'étendre sous mes yeux, le son de la cloche était une ravissante musique qui accompagnait mes idées et leur donnait une physionomie sublime... Pour un tel moment il vaut la peine d'avoir vécu."

Et enfin, ce trait et propos de Napoléon, qu'il admire pour ses mérites mais sans illusions sur ses tares : "En 1807 j'avais désiré passionnément qu'il ne conquit pas l'Angleterre. Ou se réfugier alors ?"

S'il a une tendresse particulière pour Milan, tenue par lui comme "le plus beau lieu de la terre" au point qu'il inscrit sur son épitaphe : "Henri Beyle, Milanese", c'est tout simplement parce que c'est la ville de sa jeunesse et de ses amours, parce qu'il y a été heureux avec Angela et malheureux et cause de Mathilde. Malheureux mais amoureux, et l'important ce n'est pas d'être aimé mais d'aimer.

"Qu'une vie est heureuse, écrit Pascal, quand elle commence par l'amour et qu'elle finit par l'ambition." Pour Stendhal l'amour est le commencement et la fin. De son enfance et ses dernières années il n'a cessé d'être amoureux ou en quête de l'amour. Dans tous ses romans il fait revivre les femmes qu'il a aimées. Il écrit Armance pour échapper au désespoir que lui cause la rupture avec la comtesse Curial. De l'amour pour oublier Mathilde, les Promenades dans Rome dans le souvenir d'Alberte de Rubempré